Le Pacifique uni pour interdire les armes nucléaires

By François Pihaatae on septembre, 13 2014

 

L’année 2014 marque le 40ème anniversaire de l’engagement de la Conférence des Églises du Pacifique pour promouvoir la justice dans une région affectée par les essais nucléaires.

En 1967, à Suva, la capitale des îles Fidji, l’Association chrétienne des jeunes filles et le Mouvement des étudiants chrétiens organisaient une rencontre sur les essais nucléaires de Moruroa à Maohi Nui (Polynésie française). Deux ans plus tard, une grande manifestation contre les essais nucléaires a eu lieu à Suva et cinq ans après, le Comité exécutif de la Conférence des Églises du Pacifique adoptait des résolutions condamnant les essais nucléaires dans la région.

Mais pendant près de 70 ans après le premier essai nucléaire dans le Pacifique effectué en 1946 par les États-Unis à Bikini, les membres des Églises ont été forcés de vivre avec la menace de cet héritage. Trois des grandes puissances du monde – les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France – ont effectué des essais nucléaires dans le Pacifique avec un mépris flagrant pour la vie humaine et l’environnement.

Ces activités indésirables ont porté atteinte à des générations des peuples du Pacifique et à des centaines de militaires européens et à leurs familles. Aujourd’hui, ils continuent la lutte pour la, justice, frappent aux portes des gouvernements, plaident pour des indemnisations, mais leurs cris tombent dans l’oreille d’un sourd.

Les familles des militaires fidjiens qui ont participé aux essais dans le cadre de l’« Opération Grapple », près de l’atoll de Kiritimati en 1957-58 attendent toujours des compensations de la Grande-Bretagne. En Maohi Nui (Polynésie française), les familles des propriétaires fonciers n’ont toujours pas été indemnisées pour les dommages causés sur Moruroa et Fangataufa au cours des essais nucléaires entre 1966 et 1996.

Aujourd’hui, malgré la fin des essais dans la région, le Pacifique continue à faire face à deux menaces nucléaires spécifiques : la persistance de la contamination radioactive due aux essais et les nouvelles conséquences de la catastrophe de la centrale nucléaire de Fukushima au Japon.

En mars 2013, l’Assemblée générale de la Conférence des Églises du Pacifique qui s’est tenue à Honiara (îles Salomon), a décidé de rester ferme sur sa position contre les essais nucléaires et pour l’indemnisation des victimes de ces décisions prises en Occident. Les Églises affirment que la justice fait partie intégrante de la paix. Beaucoup de communautés du Pacifique ne sont pas en paix car elles continuent de se battre pour la justice. Et cela implique la reconnaissance des dommages pour des générations causés par les essais nucléaires sur l’environnement et la vie humaine.

Nos peuples sont dans l’angoisse, en quête de justice pour l’utilisation abusive de leurs terres et de leurs ressources. Les Églises du Pacifique, par l’action de leurs dirigeants comme le pasteur anglican Walter Lini, « père » du Vanuatu, du révérend méthodiste Setareki Tuilovoni de Fidji et John Doom de l’Église protestante maohi – ont lancé le combat pour la justice et la fin des essais nucléaires.

Avec la résolution de l’Assemblée générale de la Conférence des Églises du Pacifique de 2013, les gouvernements du Pacifique ont été invités à appeler régulièrement à l’abolition des armes nucléaires et à un juste traitement des personnes touchées par les activités nucléaires. Cela doit se poursuivre même si des aides sont offertes par le Japon, la Chine, la France, les États-Unis et la Grande-Bretagne.

Dans ce but, il faut que nos dirigeants régionaux – laïcs et religieux – s’expriment, car si nous restons silencieux, les grands pays se convaincront faussement que leurs essais, le développement et la fabrication d’armes nucléaires sont acceptables. Dans ce monde qui se rétrécit, il est tout à fait possible que le Pacifique, au milieu du monde, puisse être touché par les retombées nucléaires en moins d’une semaine.

Ces armes qui ne sont pas bonnes pour le Pacifique, ne le sont pas non plus pour le monde. 

Avant-propos écrit par Pasteur François Pihaatae, secrétaire général de la Conférence des Églises du Pacifique, Suva, Fidji, du rapport Interdire les armes nucleaires : Une perspective du Pacifique (ICAN, 2014).

 


septembre, 13 2014
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